Chronique | Lewis Hamilton est-il arrivé au bout du chemin?
Lewis Hamilton a-t-il perdu son coup de volant? Âgé de 40 ans, le nouveau pilote de Ferrari, septuple champion du monde, fait-il face à l’inévitable déclin? A-t-il été rattrapé par le temps? Un grand nombre d’observateurs croyaient que la Scuderia avait réussi un coup de maître, l’an dernier, quand on a annoncé que le Britannique allait disputer une dernière saison avec Mercedes avant de se joindre à l’écurie italienne. Or, la fin du mandat de Hamilton avec l’écurie allemande s’est avérée très difficile. Il s’est fait piétiner par son coéquipier George Russell, qui a eu le dessus 18 fois sur 24 lors des séances de qualifications. C’était seulement la deuxième fois de sa carrière que Hamilton était battu par un coéquipier en qualifications. Le seul autre pilote à avoir réussi cet exploit était Nico Rosberg, en 2014. L’accomplissement de Rosberg n’était pas anodin compte tenu du fait qu’à sa première saison en F1, en 2007, Hamilton avait même battu de vitesse le double champion du monde en titre, Fernando Alonso, chez McLaren. En F1, rappelons-le, les pilotes n’affrontent qu’un seul adversaire avec la même monoplace qu’eux. Leur rendement est donc constamment comparé à celui de leur coéquipier qui, en conséquence, s’avère souvent leur plus grand rival. Les écuries de pointe ne tolèrent pas les pilotes incapables de suivre la cadence de leur partenaire. C’est généralement sans appel. Un pilote qui tire de la patte les empêche de maximiser le rendement de leur monoplace et de cueillir le plus grand nombre de points au classement des constructeurs. À titre de comparaison, le Mexicain Sergio Perez a été viré par Red Bull à la fin de la dernière saison parce qu’il ne parvenait plus à suivre les traces de Max Verstappen d’assez près. Dans les qualifications, Perez avait notamment été dominé 21 fois en 24 épreuves. Dans le cas de la dernière saison de Lewis Hamilton avec Mercedes, il y avait toutefois un bémol. Compte tenu des jeux de coulisses qui surviennent fréquemment en F1, on pouvait se demander si les dirigeants, sachant qu’il se préparait à quitter l’écurie, lui procuraient du matériel équivalent à celui de Russell. Depuis son arrivée Ferrari, on est beaucoup plus portés à croire qu’il n’a pas été victime de quelconques machinations du côté de Mercedes. Son déclin ressemble drôlement à une tendance lourde. Bien que Hamilton se soit distingué dans deux épreuves de sprint cette saison, le Britannique s’est fait malmener par son coéquipier dans les épreuves qui comptent réellement. Alors que s’amorce le week-end du Grand Prix de la région Émilie-Romagne à Imola, Charles Leclerc détient une avance écrasante de 5 à 1 sur Hamilton en qualifications. Charles Leclerc a de meilleurs résultats que Lewis Hamilton cette saison. Photo : Getty Images / AFP/ANGELA WEISS Si l'on fait le décompte, Hamilton a donc été battu par ses coéquipiers 23 fois lors de ses 30 dernières séances de qualifications, soit dans 76,6 % des cas! Pour illustrer à quel point la situation apparaît grave, notons que ce sont des statistiques dignes de… Lance Stroll. En effet, depuis le début de la saison 2024, le fils du copropriétaire de l’écurie Aston Martin a été battu par Fernando Alonso 25 fois en 30 séances de qualifs (83,3 %). Le cas de Stroll apparaît toutefois plus patent parce qu’Alonso est âgé de 43 ans et que, logiquement, ses performances ne sont probablement plus optimales. Hamilton face à ses coéquipiers au fil des ans (en qualifications) : Dans le paddock, ça chuchote donc beaucoup. Et de leur salon, les tifosi qui suivent attentivement les activités de leur écurie favorite commencent à se demander pourquoi le patron de Ferrari, Frédéric Vasseur, a largué l’Espagnol Carlos Sainz pour faire place à un champion en fin de carrière. Hamilton a piloté pour Vasseur avant de faire le saut en F1. Sainz a été dominé 65 %-35 % durant les 90 qualifications qu’il a faites à titre de coéquipier de Charles Leclerc. Par contre, il qualifie régulièrement sa Williams parmi le top 10 depuis le début de la saison, ce qui s’avère un bel exploit. Par ailleurs, le jeune Kimi Antonelli, qui a succédé à Hamilton dans la Mercedes, colle littéralement au train de George Russell depuis quatre grands prix. Malgré ses 18 ans et son inexpérience en F1, l'Italien a qualifié sa monoplace en 6e place au Japon (Russell 5e), au 5e rang à Bahreïn (Russell 3e) et encore au 5e rang en Arabie saoudite (Russell 3e). Puis Antonelli a devancé Russell pour la première fois lors du dernier GP, à Miami, en se qualifiant 3e (Russell 5e). Hamilton a mentionné plusieurs fois qu’il éprouve de la difficulté à s’adapter à sa nouvelle monoplace. Et certains observateurs soutiennent que le système de freins-moteur développé par Ferrari lui cause des problèmes dans les virages. C’est fort possible. Il est difficile de croire que la période d’adaptation soit aussi longue et ardue lorsqu’on parle d’un pilote qui en est à sa 19e saison en F1 et qui a sept championnats du monde derrière la cravate. On s’entend, le jeune Antonelli fait face à une courbe d’apprentissage nettement plus abrupte chez Mercedes, et il suit Russell de plus près que Hamilton le faisait l’an dernier. Tout cela nous mène à la fameuse question qui tue. Si Hamilton ne parvient pas à redresser la barre et s’il constate qu’il n’est effectivement plus dans le coup et qu’il ne peut pas rivaliser avec Charles Leclerc, que fera-t-il? S’accrochera-t-il encore longtemps, au risque de ternir sa formidable réputation? Ralf Schumacher s’est attiré des railleries en prédisant que Hamilton tirera sa révérence avant la fin de la saison si la situation perdure. Ça semble effectivement un peu draconien comme scénario. Mais chose certaine, cette incapacité à produire des résultats deviendra de plus en plus difficile à vivre pour Hamilton – et à justifier pour les dirigeants de Ferrari – si la tendance se maintient. Lewis Hamilton Photo : Getty Images / Ryan Pierse

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